Dialogue national : au-delà du compromis politique, la refondation de l’État

L’allocution du Président de la République du 27 août 2026 annonçant l’ouverture du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État marque, à première vue, l’ouverture d’un nouveau chapitre dans la longue histoire des concertations politiques en République démocratique du Congo,
Mais son véritable intérêt réside moins dans l’annonce d’un dialogue supplémentaire que dans le diagnostic posé sur les échecs des précédents. Le Chef de l’État reconnaît en effet une faiblesse structurelle de notre histoire politique : nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État.
Les arrangements politiques ont permis, à plusieurs reprises, de contenir les crises sans nécessairement s’attaquer aux causes profondes de leur réapparition. C’est précisément sur ce point que ce nouveau Dialogue devra être jugé. La RDC n’a pas seulement besoin d’un compromis entre acteurs politiques. Elle a besoin d’un État capable de s’imposer par le droit, de garantir la sécurité, d’assurer la justice, d’administrer effectivement son territoire et de servir le citoyen.
La « refondation de l’État » ne peut donc être un simple slogan institutionnel : elle doit se traduire par des réformes concrètes du rapport entre la puissance publique et la population. L’autre originalité annoncée est la volonté de partir des provinces. Ce Dialogue devrait commencer par des consultations dans les 26 provinces, afin que les réalités locales ; insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, insuffisances administratives ou obstacles au développement nourrissent les assises nationales.
Cette approche mérite d’être saluée. Depuis trop longtemps, les grandes solutions nationales sont pensées à Kinshasa avant d’être proposées à un pays dont les réalités sont profondément diverses. Refonder l’État, c’est aussi rétablir le lien entre le centre et les territoires. Par ailleurs, l’inclusivité devra être conciliée avec un principe essentiel : le dialogue ne peut devenir une récompense accordée à la violence.
Le Président affirme qu’aucune conquête militaire ne peut produire une légitimité politique supérieure à celle issue du suffrage. Dans le même temps, il ouvre une voie de réintégration à ceux qui renonceraient sincèrement et vérifiablement à la lutte armée, tout en excluant l’impunité pour les crimes les plus graves. Reste enfin le principal défi : l’exécution.
Le discours annonce un Pacte national assorti d’une matrice publique précisant les responsabilités, les échéances et les résultats attendus. C’est probablement là que se jouera la crédibilité de l’initiative.
Car le Congo ne manque ni d’accords ni de résolutions ; il manque surtout de mécanismes capables de transformer les engagements en résultats. Ainsi, le succès de ce Dialogue ne devrait pas être mesuré au nombre de participants, à la solennité des assises ou à la longueur du Pacte qui en sortira. Il devra l’être à sa capacité à faire émerger un État plus fort, plus juste, plus présent dans les territoires et plus proche du citoyen.
Le Congo a déjà beaucoup dialogué. Le moment est peut-être venu de passer du dialogue sur le pouvoir au dialogue sur l’État. Et surtout, de faire en sorte que ce dialogue ne soit pas une nouvelle parenthèse politique, mais le commencement d’une véritable transformation de la République.
Que Jésus Christ de Nazareth bénisse la République démocratique du Congo et son Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Par William (Willy) Binyingela Tshillolo, Économiste de formation/Management stratégique, 2e vice-président fédéral UDPS France



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